FRANÇOISE VERGÈS : "Un féminisme décolonial" (2019)
- Pascal Bomy
- 15 janv. 2020
- 2 min de lecture
Dernière mise à jour : 10 févr. 2020

Voici une lecture essentielle alors que la violence contre les femmes - exprimée d’une manière inhumaine, incompréhensible dans les féminicides (meurtres de femmes ou de filles en raison de leur identité de genre) - ne cesse d’augmenter. Le terme féminisme a été dévoyé ces dernières années par une réaction machiste exacerbée qui refuse que la condition des femmes continue à évoluer pour atteindre l’égalité dans les sphères publique et privée. On le voit particulièrement au Mexique où la plupart des citoyen(ne)s assimile féministe et feminazi (terme forcément inadéquat qui insulte de manière gratuite les militantes), embourbé(e)s dans une ignorance crasse à des années-lumières de l’histoire essentielle du combat et des victoires féministes de ces derniers siècles.
J’ai été moi-même décontenancé par la tribune de janvier 2018 de Catherine Deneuve et 99 autres femmes qui critiqua l’indispensable mouvement #Metoo. Je me suis posé la question si effectivement le mouvement n’allait pas trop loin comme le dénoncent l’actrice fétiche des Français et ses amies.
L’ouvrage « Un fémisime décolonial » permet de remettre les points sur les i. Françoise Vergès nous rappelle les multiples facètes du féminisme dans le temps en reconnaissant des luttes méconnues ou niées par les Européens et oppose deux visions actuelles. Le féminisme de Deneuve est qualifié de civilisationnel : il s’agit d’un féminisme bourgeois, de femmes blanches, européennes qui ont accès à une grande forme de liberté dans leur vie sexuelle, professionnelle, éducative, etc. L’auteur y oppose le féminisme décolonial, celui des femmes racisées (assignées à une race du fait de certaines caractéristiques subjectives), pour la plupart du Sud (des pays du tiers-monde et des régions d’outre-mer dont on ignore le combat particulier), qui lutte contre de multiples formes d’oppression, dans une démarche multidimensionnelle. Selon elle, le féminisme doit être anticapitaliste, antiraciste et antiimpérialiste pour atteindre une véritable libération.
La lecture de cet ouvrage m’a éclairé sur des aspects essentiels du féminisme et m’a aidé à mieux saisir les tenants et aboutissants de la polémique actuelle sur le port du voile. Certes, le fait d’avoir lu Le Deuxième sexe il y a une vingtaine d’années et d’avoir accompagné des mouvements féministes pour la légalisation de l’avortement à Aguascalientes ne me concède aucune légitimité pour me prononcer sur le féminisme et les formes qu’il prend aujourd’hui. Les femmes s’en occupent. Je pourrais toutefois tenter de devenir un allié des mouvements en gardant toujours à l’esprit la phrase de Lilla Watson, militante autochtone australienne : « Si vous êtes venus pour m’aider, vous perdez votre temps. Mais si vous êtes venus parce que votre libération est liée à la mienne, alors travaillons ensemble. »
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