SARKO ET LA PRINCESSE DE CLÈVES (1678)
- Pascal Bomy
- 17 nov. 2020
- 2 min de lecture

Ces derniers temps, dans les moments où je recherche le roman idéal, dans lequel je pourrais me plonger quelques semaines, je me heurte au choix d’un auteur, d’un titre, d’une histoire qui puisse réunir trois fondamentaux: plaisir, exigence et bénéfice d’ordre intellectuel. Tout ce qui relève d’une littérature médiatisée ne peut alors retenir mon attention, les écrivains qui entrent en lumière m’en paraissant trop souvent éloignés. Par conséquent, je choisis certainement la facilité en me rabattant systématiquement sur les auteurs plus anciens qui relèvent déjà de notre histoire culturelle.
Un peu par hasard, je retrouvai sur une étagère poussiéreuse la version de poche de l’œuvre de Madame de Lafayette que j’avais acquise vingt ans auparavant pour pallier ma culture défaillante. Le titre de la Princesse de Clèves me renvoya immédiatement aux propos idiots de Sarkozy qui avait expliqué avec un certain contentement que lire ces classiques n’avait plus aucun intérêt dans notre société pragmatique et productiviste. Ses commentaires si représentatifs d’une classe politique libérale qui méprise les faits et œuvres culturels, alors qu’elle est censée nous guider en partie dans nos choix de vie, étaient restés gravés dans mon esprit et me confortèrent dans la conviction de devoir le lire au plus vite. Contredire Sarko, personnage que j’abhorre par-dessus tout, à travers un roman du XVIIème siècle relevait d’un pied-de-nez assez jouissif.
Néanmoins, au premier abord, parcourir les histoires d’une aristocrate dont j’avais apprécié l’extinction de la classe comme tout bon républicain qui se respecte, n’était pas forcément évident. Le texte introductif me parut poussif et je ne pus terminer ces quelques pages qu’avant deux longues semaines : celles-ci ne m’accrochaient pas. J’insistai et une fois dépassé ce premier dialogue, je commençai la première histoire que réunissait le livre avant d’atteindre les pages centrales dédiées à la Princesse de Clèves.
La thèse principale de l’écrivaine repose sur le fait, assez basique, à la limite du cocace, que l’amour passionnel mène systématiquement à des conséquences dramatiques et une fin malheureuse voire la mort. En quoi ce thème central du roman pouvait attirer le lecteur coupé de cette époque révolue qui connaissais une réalité tout autre ? En quoi les affaires romantiques d’aristocrates nantis démontrant une immaturité qui les rencogne dans une adolescence pérenne révèleraient un intérêt littéraire et culturel pour moi ? Cela paraissait tout à fait improbable et pourtant je dévorai le récit des affections de tant de duchesses et barons épris les uns des autres, dont l’amour adultère semblait faire partie des us et coutumes incontournables d’une tribu basée sur la confidence et le secret.
Sarko avait contribué malgré lui à la découverte de cette œuvre essentielle dans la genèse du roman moderne, dont l’écriture d’une simplicité apparente – et tout à la fois d’une fluidité surprenante - nous invite à nous attacher aux personnages, car nous avons probablement nous aussi le besoin de croire en cet amour-là. Aux antipodes de mes intérêts objectifs, la Princesse de Clèves me réconcilia de nouveau avec cette littérature française dont la variété ne cesse de me surprendre, et me confirma à quel point il faut écouter ces personnages qui nous débectent. On peut toujours en soutirer une utilité imprévue.
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