JOKer ou l'homme qui ne me faisait pas rire (2019)
- Pascal Bomy
- 11 oct. 2019
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 10 févr. 2020

J’ai rêvé du Joker. Ou en tout cas, les images qui défilaient dans mon esprit étaient celles d’enfants déguisés en clown, de personnes qui étaient maquillées comme lui. Le Joker n’était pas présent mais on sentait que son apparition était imminente, qu’il se passerait quelque chose, et pas forcément de bonnes choses. Ce rêve me dit que le film m’a touché, ou plutôt que cette personne extrêmement malheureuse que Joaquin Phoenix interprète avec brio m’a touché.
Pourtant, l’immense attente que les spectateurs en avaient au Mexique ainsi que la remise du Lion d’or à Venise qui avaient suscité chez moi un véritable intérêt (au point d’aller le voir grippé) se convertirent en une grande déception. L’acteur a créé un personnage singulier, dont le handicap provenant d’un traumatisme de l’enfance émeut le spectateur, au point d’en faire une figure positive ou en tout cas de le convertir en « héros », d’un point de vue sémiotique. Les familles des victimes qui étaient contre sa sortie après l’attentat survenu lors de la projection de The dark night rises en 2012 semblent avoir raison : ce joker-là nous emmène là où il veut, nous manipule au point de le suivre jusqu’au bout pour en avoir le cœur net. Il banalise en un certain sens la violence, car comme dans la plupart des films américains, celui qui agresse gratuitement dans la rue comme les trois jeunes du métro mérite le châtiment suprême en retour. Personne ne les regrette aujourd’hui, ils étaient trop viles pour ça.
Ce qui me déplut fut le film dans son ensemble. Le scénario n’a rien de rééllement original et la descente aux enfers d’Arthur Fleck manque cruellement de nuances, de subtilité, suivant un modèle cent fois déjà vu d’effet boule de neige de la violence et du désespoir. La photographie est également classique et sera vite oubliée. La musique fait son boulot, sans plus. Les personnages secondaires manquent d’ampleur, les dialogues ne sont pas particulièrement tranchants, les scènes de violence ont déjà été filmées. Il ne reste que Joaquin Phoenix qui est sublime pendant deux heures même si on peut regretter un fil conducteur ne se rompt jamais, écartant toute possibilité de remise en question, de doute, de remords éventuels de la part du personnage.
Je sais quel est mon tort : je ne suis pas fan des super héros qu’on nous a servis ces vingt dernières années. Aucun des superman, batman, spiderman et autres man en tout genre ne m’a plu. Les productions tentent d’humaniser ces personnages, de créer des contextes sociaux et psychologiques intéressants mais tant que ça se déroule à Gotham ou à Métropolis, cela perd du sens, et nous éloigne d’un réalisme qui puisse nous toucher. Joker aurait été bien meilleur si on n’avait pas mentionné la famille Wayne et le futur Batman, si on n’avait pas intégré cette histoire personnelle dans le monde des super héros pour enfants et grands adolescents de 40 ans. Joker aurait dû s’appeler autrement, « le clown » ou bien « l’homme qui ne faisait pas rire », Joker n’aurait pas dû être Joker et on aurait adoré la composition de Phoenix sans aucune arrière pensée ou comparaison stérile. Le Lion d’or n’est pas mérité. L’Oscar pourrait l’être même si DiCaprio a fait beaucoup mieux à mon goût, développant une palette plus riche, démontrant pourquoi il s’est converti en l’un des meilleurs acteurs de sa génération. Ah ! Ah ! Ah ! Hi Hi Hi ! OH OH OH ARGH !!
Commentaires