SERGE LATOUCHE : "Petit traité de la décroissance sereine" (France, 2007)
- Pascal Bomy
- 1 janv. 2020
- 2 min de lecture
Dernière mise à jour : 10 févr. 2020

On ne peut pas parler de mode. Il est vrai que Greta Thunberg a été élue personnalité de l’année par le magazine Times, que la COP 25 vient de se terminer de manière assez lamentable, que les manifestations se multiplient dans le monde, qu’on parle continuellement du désastre écologique lié aux émissions de CO2, au plastique qui nous pourrit la vie, à la finité de notre planète. Toutefois, cela n’a rien de nouveau et les scientifiques avaient déjà tiré la sonnette d’alarme il y a plusieurs décennies. Notre petit confort à l’occidental nous empêche d’ouvrir les yeux mais la déforestation, désertification, les inondations et tsumanis sont des phénomènes omniprésents dans les pays du Sud et continuent à détruire l’habitat de la faune et la flore, à engendrer d’inévitables mouvements de populations.
Face aux dangers qui ne cessent de s'accroître aux quatre coins du monde, certains écologistes proposent une porte de sortie qui semble être la seule raisonnable : la décroissance. Un activiste d’Aguascalientes me conseilla il y a quelques mois de lire ce livre de Serge Latouche, dans lequel il avait décelé théories et propositions qui l’enthousiasmèrent au point d’en adopter dans son propre combat local. J’admire ces véritables écologistes qui ont pris la décision de réduire significativement leur impact en cherchant à produire leurs propres aliments et à générer l’énergie la moins polluante possible. Et à vrai dire, j’ai testé le vélo dans ma ville et me suis rendu compte à quel point la bagnole me stresse, alors qu’un des grands défis à surmonter est une limitation drastique de son utilisation.
Je savais déjà que le modèle économique actuel, néolibéral, nous menait droit dans le mur et que l’adoption d’un nouveau modèle est primordial. Je savais qu’on produisait beaucoup trop d’aliments et d’objets inutiles à notre bien-être, que le localisme est une des options évidentes, que le transport mondial doit être repensé à partir de l’impact qu’il a sur la planète. Cependant, certains chiffres de ce traité m’ont particulièrement inquiété. Comme celui qui nous dit que pour participer à la sauvegarde de notre planète, la France devrait revenir à des niveaux des années 70 en produisant 1/3 de ce qui est produit actuellement. La publicité en France représente 15 milliards d’euros par an alors que les industriels avouent qu’ils ne pourraient rien vendre sans elle (ce qui nous démontre à quel point la majorité des produits que nous consommons relève d’un besoin artificiel créé par les publicitaires). 500 bateaux de déchets électroniques sont envoyés chaque mois au Nigéria pour une tentative de recyclage qui n’est en fait qu’un déplacement d’une pollution des terres et des océans particulièrement pernicieuse !
Les solutions proposées dans cet ouvrage relèvent d’une grande évidence. L’information est connue de tous. Malheureusement, les puissants lobbies et les climatosceptiques qui se nourrissent du conservatisme ambiant font tout leur possible pour empêcher une transition écologique réelle. Un développement durable est un oxymore. Il faut passer à autre chose, à une décroissance sereine. Et suivre l’ingénieur de la chanson Trópico de Cáncer de Café Tacuba qui refuse de jouer le jeu d’une soi-disant modernité qui détruit pour cimenter le monde, et décide finalement de partir.
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