TARANTINO ET MOI : ONCE UPON A TIME IN HOLLYWOOD (2019)
- Pascal Bomy
- 4 sept. 2019
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 10 févr. 2020

Aguascalientes, le 30 août 2019.
À Aguascalientes, ville où je réside depuis une quinzaine d’années, rares sont les moments où la sortie d’un film dans les salles presque exclusivement commerciales puisse susciter chez moi une réelle excitation. Ma relation avec les films de Tarantino, jouissifs et toujours surprenants, me poussa hier dans une salle où la version originale de Once upon a time in Hollywood était miraculeusement projetée. Il ne fallait pas la rater sachant que les films disparaissent furtivement par ici, font trois petits tours inaperçus et puis s’en vont. Je ne fus pas surpris par le générique du film, reconnaissant les lettres épaisses jaune orangé que le cinéaste affectionnent. Je savais que j’allais en avoir pour mon argent et que ce moment serait mémorable, les acteurs de l’affiche renforçant mon expectative enfantine.
Et c’est alors que j’ai souffert.
Il était plaisant de voir DiCaprio et Pitt ensemble pour la première fois, excellents dans leur rôle respectif, et prenant visiblement du plaisir dans cette fresque improbable. Pourtant, les trente premières minutes me parurent terriblement longues et je ne pouvais croire que Tarantino ait perdu son sarcasme légendaire pour nous offrir un récit poussif sur la vie d’un acteur au bord de la dépression. Les dialogues me semblèrent moins cinglants que d’habitude, le déroulement des références culturelles – dans ce cas le Hollywood de la fin des années 60 avec ses néons flashies et ses jeunes hippies fouillant dans les poubelles, les fringues et les coupes de cheveux vintage, les bagnoles, l’alcool et les cigarettes, etc. – manquaient de peps, nous rencognant dans un ennui subi. Pourquoi devions-nous suivre la trace d’une Sharon Tate qui jouissait de sa petite renommée bien qu’on la reconnaisse à peine ? Quelle relation pouvait-il y avoir entre son histoire et celle de nos personnages au-delà du fait qu’ils étaient voisins au sommet d’une petite colline de Los Angeles ? Pourquoi filmer des scènes complètes que devait jouer l’acteur Rick Dalton avec un manque de conviction apparent ?
Et puis je crus comprendre. Tout se dégoupilla et les moments qui semblaient d’une incroyable platitude prenaient tout leur sens. Tarantino l’avait fait exprès, il jouait avec nos nerfs. La retrospective un tantinet plate des productions de notre acteur se justifiait quand celui-ci se mit à pleurer en prenant conscience qu’il était has been. Une scène anodine où DiCaprio jouait le rôle d’un cow-boy méchant prenait toute sa valeur quand celui-ci oublia son texte et fit une crise de nerfs digne d’une diva en perdition. La relation improbable entre l’adolescente hippie et la doublure se transcendait dans une des meilleures séquences du film quand Pitt se frotte à la secte de Charlie Manson et entame un dialogue délirant avec son vieil ami Roger alors qu’on s’attendait à une boucherie digne de Massacre à la Tronçonneuse.
Bien sûr que Tarantino se fait un peu trop plaisir par moment en se remémorant ses séries télévisées préférées qu’un public non-américain méconnaît et en faisant trop référence aux western spaghettis de son enfance. Mais il s’agit bien là de tout ce que représente le réalisateur : un cinéma décomplexé où l’auteur prend son pied en se moquant d’un Bruce Lee imbu de lui-même – alors que l’on sait à quel point il l’admire – ou quand il ose réécrire l’histoire en sauvant une Sharon Tate qui aura connu un destin on ne peut plus tragique. J’ai déjà envie de le revoir. Les acteurs sont incroyables et seront très certainement nominés aux prix les plus prestigieux. Tarantino a gagné son pari en filmant deux des derniers icônes d’un cinéma qui ne fonctionne plus par acteurs glamours interposés, dont le star système se meurt peu à peu. Il a aussi gagné en se réinventant malgré tout et en continuant à faire ce qui le pousse à faire des films depuis le début : ce qu’il veut ! Le résultat est un cinéma toujours surprenant, drôle et nostalgique du temps où les acteurs et actrices avaient tout d’exceptionnel, où les films valaient surtout pour leur contenu artistique. Beaucoup devraient en prendre de la graine.
P.S. : Je suis allé le revoir.
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