OÙ ES-TU, ELVIS ?
- Pascal Bomy
- 7 août 2022
- 2 min de lecture

Je suis embêté. Quelques heures après être allé voir le film Elvis de Barz Luhrmann, et bien que je n’aie pas adoré l’ensemble du long-métrage (près de trois heures), une envie tenaillante d’y apporter ma critique me prit et ne me lâcha plus. Le hic est que je n’arrive pas à la commencer, je suis assailli par des éléments divers, de toutes sortes, qui me supplient de les mentionner comme s’ils étaient la clé du film et surtout de la personne, étonnamment insaisissable, du King. Devrais-je évoquer pour commencer que je ne connaissais guère le personnage, que je l’associais comme beaucoup à la beaufitude ultime états-unienne, me rappelant la mention grinçante des « live de Memphis » dans la fièvre de NTM, les costumes et capes multicolores qui relèvent du kitsch de la Las Vegas surcotée, la théorie selon laquelle (un ami américain vient de me l’asséner sans crier gare) il aurait volé les meilleurs standards de l’origine de presque tout : l’extraordinaire musique afro-américaine ? J’en étais là avant la vision mais la rencontre entre cette vie mythique et l’extravagance du réalisateur pouvait selon moi générer quelque chose de regardable. Les quelques quinze kilomètres qui séparaient ma fille de douze ans et moi-même de la salle de cinéma remplie en ce samedi après-midi valaient certainement la peine d’être parcourus.
Le générique de début flashe. Immédiatement on entre avec les couleurs, intenses, les formes, alambiquées, et la musique, envoûtante, dans le monde du mythe. Et on n’en sort que 2h45 plus tard. On s’accroche. La narration paraît tout à fait classique, comme si le réalisateur avait décidé de ronger son frein dès le départ, se limitant à un conventionnalisme qui sied peut-être le mieux à la chronologie de la biographie. Le choix du narrateur externe, le fameux manager ambigu d’Elvis – excellent Tom Hanks - génère une attente différente, assurément pour proposer autre chose aux fanatiques du King qui connaissent trop bien la vie de leur idole. On le suit par conséquent sans avoir à y redire. Tout au long du film, le regard sur la vedette me sembla distant, finalement tout comme celui du spectateur. Serait-ce car l’idole est par essence inaccessible ? Ou est-ce révélateur d’un Elvis dont l’histoire est pauvre, trop convenue ? La psychologie du personnage est pratiquement absente; il est là, en permanence sur l’écran, mais lointain, comme lunaire.
Ce qui devrait conformer l’essentiel, son amour pour le gospel, l’apprentissage de la musique, est absent. Ne s’agissait-il finalement que d’un talent inné, une grandiosité impénétrable ? La fin du film m’a paru bâclée, la mort du King improbable et je me demande si cela a été délibéré. Comme si Elvis n’avait eu aucune emprise sur sa vie, comme le spectateur n’a aucune emprise sur le personnage. J’y ai ressenti un cruel manque d’humanité, néanmoins l’excellente performance de l’acteur Austin Butler, plus beau que nature, dont le costume aurait pu être trop grand (pour pouvoir frétiller en cadence), sauve le tout dans des scènes musicales proches de l’extase.
Enfin, le mythe donne toute son essence au film, turbulent, scintillant, troublant. Il tombera en disgrâce et ressuscitera avant la mort.
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