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ROMA (2018)

  • Pascal Bomy
  • 15 nov. 2020
  • 2 min de lecture

Dernière mise à jour : 13 déc. 2020



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Souvent, en début de soirée, du fait d’une journée chargée et de la fatigue accumulée qui va avec, au moment de sélectionner le film à voir, on a tendance à se rabattre sur celui qui exigerait de nous, en théorie, le moins d’effort intellectuel, dont on présage déjà l’aboutissement, et dont la fonction est finalement de nous faire passer un simple instant de détente ; ce qu’Hollywood offre, comptant sur le manque d’exigence de ses spectateurs. Ça marche sur le moment, même si on oubliera l’œuvre la nuit-même, car la plupart du temps insipide ou d’une banalité affligeante.


Hier soir, on a fait « l’effort » de choisir un film qu’on devait voir depuis sa sortie, qui a fait des vagues pour la singularité – outrageante pour certains - de sa distribution (le film a été réalisé quasi exclusivement pour la plateforme Netflix) et les prix reçus : Roma du réalisateur Alfonso Cuarón. Une présentatrice mexicaine un tant soit peu perdue avait mentionné la ville italienne alors qu’il s’agit bien du quartier populaire de Mexico dont il est question.


Il ne fallut alors que quelques secondes d’un générique qui allie beauté et originalité pour qu’on se rende compte à quel point « l’effort » en avait valu la peine. Le cinéaste projette dans son film la maturité qu’il a atteint comme artiste visuel. On y reconnaît aussitôt les fondamentaux, les plans séquence, travelling et la profondeur de champ des Truffaut, Welles et Renoir. Seul le personnage central s’approche de l’écran, sensiblement, sans qu’on atteigne à aucun moment un gros plan. Les hommes et femmes sont loin de nous, on les aperçoit à peine, en groupes, comme sur les plages et dans les parcs de la Dolce Vità et Otto e mezzo de Federico Fellini.


On peut se poser la question quant à la qualité de jeu de Yalitza Aparicio, cas similaire à celui de l’actrice de Rosetta ou des acteurs de l’Humanité. Elle a su se limiter au naturel de sa condition. Peut-être pas la sienne propre mais celle des femmes indigènes de la terre mixteca dont elle aurait pu partager le destin de domestique dans la capitale mexicaine. Cuarón redonne sa place à cette femme qui nous renvoie aux origines du Mexique, alors qu’elle est aujourd’hui transparente dans l’esprit de la majorité.


Le personnage de Cleo nous parle peu d’elle-même, elle est toujours dans l’action ou entourée par la ville, les manifestations, la vie de la famille pour laquelle elle travaille. Elle subit le rythme de la maison, du quartier Roma, de la cité tout comme elle subit l’abandon de l’archétype du macho dégueulasse, la naissance funèbre de son bébé. Jusqu’à l’accident, la bêtise des enfants qui manquent de peu la noyade, qu’elle sauve empreinte d’un superbe courage. Jusqu’à ce qu’elle avoue avoir souhaité le décès de son enfant, et qu’il en serait finalement mort. Ces personnes dont on apprend peu sont filmées de loin, pourtant on a l’impression d’être au premier rang de leur mise à nu. Il est inutile d’en dire plus, il s’agit d’une famille comme une autre, qui aurait pu vivre allègrement et dans la tristesse, dans la Roma des années 70. Une famille choyée puis abandonnée. Comme tout/e un/e chacun/e au Mexique où la joie et les larmes ne cessent de s’entrelacer.

 
 
 

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